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7 armes contre le blocage de l’auteur

28 janvier 2012

Une page qui reste blanche sous vos yeux, vous êtes bloqué. Voici quelques astuces qui vous aideront. Stop la réflexion et l’angoisse, place à l’action et à la satisfaction personnelle. 

En feuilletant les pages du blog, je me suis rendu compte que je n’avais pas publié de vrais conseils d’écriture depuis longtemps. A force de m’entendre dire de rendre le blog plus « personnel », j’en ai oublié la raison première de sa création, à savoir aider de jeunes auteurs à comprendre un peu mieux les ficelles de cet art ou, comme j’aime à l’appeler, de cet artisanat.

Depuis que j’ai lancé mon atelier d’écriture, j’ai réalisé que beaucoup d’aspirants auteurs étaient victimes de blocages. J’ai surtout réalisé que pour un bon nombre, ce blocage ne correspondait pas du tout à l’image d’Épinal qu’on peut en avoir. Les auteurs bloqués (AB dans la suite du texte) ne se mettent pas les cheveux en bataille en froissant page après page. Les AB nagent au milieu des pages de notes plutôt qu’au milieu des boulettes de papier. Ce n’est pas tant la page blanche qui les bloque que la page trop noire.

Ce n’est pas le cas pour tous. Certains AB sont vraiment incapables d’écrire le premier mot et procrastinent autant que faire se peut pour ne pas avoir à se confronter à cette terrible page blanche.

Ces deux symptômes ont des racines communes, et surtout des solutions communes, que je vous propose d’étudier ensemble aujourd’hui. Après tout, si Charlie Kaufman en a fait un film (et a reçu un oscar pour son scénario!), cela vaut bien le coup d’en faire un article.

Regardez maintenant : Adaptation
un scénario de Charlie Kaufman sur le blocage

L’angoisse de la page blanche

L’angoisse de la page blanche est la plus connue des deux manifestations du blocage de l’écrivain. Elle se traduit par de longues minutes passées à contempler l’horizon, le mur ou le plafond (selon l’emplacement de votre bureau). Ou à écrire première ligne sur première ligne selon la célèbre danse du « j’écris une phrase, je la relis, j’efface lettre par lettre ».  A moins que vous ne trouviez des tas de bonnes raisons de ne pas commencer : la faim, un coup de fil soudainement urgent, un peu plus de recherche sur votre sujet, bref la procrastination.

tiré d’Adaptation

Peu importe le symptôme, le résultat est le même : votre scénario, votre livre, n’avance pas. Vous vous arrachez les cheveux, et moins vous écrivez, plus vous êtes bloqué. C’est une spirale qui vous entraîne vers l’enfer de l’écrivain : la certitude que vous ne valez rien, que vous n’écrirez jamais rien, que vous êtes bon pour une vie de frustration et d’aigreur.
Je sais ce que c’est, j’en suis passé par là. Même si j’ai réussi à vaincre le blocage à chaque fois, à chaque fois qu’il se représente j’en viens à la même conclusion : cette fois c’est foutu.

« C’est une spirale qui vous entraîne vers l’enfer de l’écrivain : la certitude que vous n’écrirez jamais rien »

L’incapacité à terminer

L’autre forme de blocage est plus fourbe, parce qu’il n’en a pas l’apparence et il faut une certaine expérience pour le repérer. Je l’appelle « l’angoisse de la page noire ». Celle-ci se traduit par une écriture trop prolifique, par des classeurs de notes et de recherches qui s’entassent les uns après les autres, par une créativité mal canalisée et dispersée. Vous vous passionnez tellement pour l’univers et les personnages que vous développez que vous n’arrêtez pas de leur ajouter des détails. Vous vous posez tellement de questions que vous n’arrivez plus à faire de choix.

tiré de Wonder Boys

Vous êtes comme Grady (joué par Michael Douglas) dans Wonder Boys, vous n’arrivez plus à vous arrêter. Résultat, vous ne finissez jamais rien. Le blocage le plus pernicieux n’est pas celui qui vous empêche de commencer, c’est celui qui vous empêche de terminer. Après tout, vous écrivez, alors où est le problème ? Mais vous avez beau essayer de vous rassurer, vous savez que vous êtes trop dispersé. Vous n’arrivez plus à prendre de décisions narratives et un auteur qui ne décide pas est un auteur foutu. On dit souvent qu’un écrivain écrit, c’est ce qui le définit. Mais c’est faux. Ce qui définit un écrivain, c’est qu’il écrit des histoires et qu’il les finit.

Fort heureusement, je rencontre rarement ce problème mais j’ai travaillé récemment avec un co-scénariste qui est tellement plongé dans ce blocage que cela fait 4 ans qu’il n’écrit plus rien. A la place, il théorise sur les projets qu’il pourrait écrire. S’il ne se ressaisit pas bientôt, sa carrière va lui passer à côté.

« Le blocage le plus pernicieux n’est pas celui qui vous empêche de commencer, c’est celui qui vous empêche de terminer »

Ne désespérez pas, tout n’est pas perdu!

Heureusement, comme tout auteur le sait, un problème n’est qu’une solution attendant d’être trouvée. Et à force de rencontrer ces deux formes de blocage, chez moi, chez mes collègues et chez mes étudiants, j’ai décidé de mettre au point des outils pour sortir de ces spirales infernales. Certains sont des classiques qu’il est toujours bon de réviser, d’autres sont inédits. Je vous en livre sept. Certains valent pour l’un des deux blocages, d’autres pour les deux.

NB: je pars du principe que vous n’êtes pas en train de procrastiner, que vous avez coupé le net et toutes les distractions, et que vous êtes concentré sur votre projet de livre ou de scénario.

1. Prenez une douche

Oui, vous avez bien lu. Quittez votre bureau, déshabillez-vous et plongez-vous sous un jet d’eau chaude. Non seulement cela vous permettra de bouger un peu et d’éviter de mourir de rester trop longtemps assis, mais surtout, vous allez vous changer les idées. Plus vous resterez fixé sur votre blocage moins vous parviendrez à en sortir. Vous avez besoin de changer de perspective sur votre histoire alors levez-vous, marchez. La douche a ceci de magique qu’elle a tendance à libérer les idées de manière assez spectaculaire. En plus, vous en sortirez plus détendu, moins stressé, et accompagné d’une bonne odeur de savon. Rien de tel pour repartir du bon pied et débloquer cette écriture grâce aux nouvelles idées qui auront germé pendant votre escapade aquatique. Si vous êtes du genre page noire, la douche vous permettra de revenir à la source de votre récit et vous aidera à redéfinir de vos intentions.

1. Donnez-vous une limite de temps

Une source de blocage commune c’est l’idée que parce qu’on écrit, qu’on le fait de chez soi, à l’heure de son choix, on a tout le temps du monde pour écrire. Du coup vous ne vous y mettez jamais. Après tout, vous pourrez le faire ce soir. Ou cette nuit. Ou demain matin. Et la page reste blanche. Inversement, si vous vous y mettez maintenant, rien ne vous obligera à arrêter et ça peut être stressant de se dire qu’on peut écrire pendant tout notre temps libre. Un sentiment assez pernicieux de culpabilité si vous ne le faites pas peut s’installer. Alors qu’au contraire, ce n’est pas recommandé d’y passer tout votre temps. Pas plus que vous ne devez penser que vous pouvez le faire n’importe quand. Donnez-vous des horaires pour l’écriture, balisez votre temps de travail comme vous le faites pour votre job alimentaire ou pour vos activités encadrées (cours de sport, de musique, etc.) Il y a un temps pour chaque chose et l’écriture n’y déroge pas. Si vous savez que vous n’avez qu’une heure pour écrire, vous serez moins enclin à vous disperser ou à procrastiner.
Si une heure n’est pas assez court pour vous lancer, commencez par des plages de temps encore plus restreintes : commencez par 5 ou 8 minutes. Vous serez surpris de voir ce que vous pourrez accomplir en écrivant uniquement en accumulant les très courtes sessions d’écriture. Et si vous avez tendance à la dispersion, vous aurez un cadre tellement restreint que vos tendances à la sur-productivité seront étouffées dans l’oeuf.

3. Lisez un manuel d’écriture

Les (bons) manuels d’écriture sont écrits de manière à vous donner envie d’écrire. Ne vous plongez pas dans les parties les plus techniques, qui ne feront que vous torturer davantage, mais errez du côté des conseils aux jeunes auteurs, des introductions où l’auteur vous décrit la vie que vous pourrez atteindre quand vous aurez écrit votre histoire, cherchez les anecdotes, les témoignages, tout ce qui peut alimenter votre envie de devenir écrivain et d’écrire votre livre ou votre scénario. Renouez avec les raisons pour lesquelles vous êtes là, devant votre feuille ou votre écran, à galérer comme un repris de justice romain. Vous retrouverez l’espoir et la motivation et pourrez repartir de plus belle. Et si vous êtes du genre à ne pas savoir vous arrêter, un manuel vous remettra sur le droit chemin en vous rappelant comment structure votre projet, et revenir dans les clous.

Note: marche aussi avec un roman d’un auteur que vous admirez, avec ce double risque, d’une part d’imiter son style, d’autre part de ne pas réussir à poser le bouquin. N’oubliez pas que votre but, c’est d’écrire.

4. Sachez ce que vous voulez dire

Un des problèmes récurrents chez les auteurs bloqués c’est l’absence de réflexion sur le thème. Sachez que quand vous écrivez, vous portez un discours sur le monde. Or, ce discours reste souvent inconscient ou, au mieux, vague. Pourtant, c’est lui qui vous aidera à savoir quoi raconter puisque votre récit est une illustration de votre point de vue. Prenez quelques minutes pour vous demander ce que votre histoire illustre et ce que vous voulez dire à travers elle. Ensuite, réfléchissez à la meilleure manière de raconter votre histoire pour servir votre discours le mieux possible. Plus vous aurez conscience de vos intentions, plus elles seront claires, plus vous saurez où vous allez et surtout pourquoi vous y aller. La conséquence directe de cette prise de conscience c’est que vous ne douterez plus de votre histoire (donc plus de page blanche) et que vous saurez ce qu’il faut que vous montriez (donc plus de dispersion).

5. Rangez votre bureau

Pour savoir quoi écrire, il faut avoir les idées claires. Or, travailler dans le désordre a plutôt tendance à encombrer la tête de parasites. Faites du tri dans vos notes. Jetez celles qui ne vous servent plus ou qui sont trop nébuleuses. Abandonnez les projets entamés que vous ne finirez jamais, ils sollicitent une partie de votre cerveau pour rien. Rangez vos papiers, jetez vos stylos vides, rechargez ceux qui peuvent l’être, taillez vos crayons… En vous concentrant sur ces petites actions, vous programmez votre cerveau pour, lui aussi, faire le tri dans ses idées, pour affiner son discours et pour vous transmettre une image claire et ciselée de ce qu’il veut que vous racontiez. Prenez le quart d’heure ou l’heure (selon votre niveau de bazar) pour mettre de l’ordre dans vos projets créatifs. Vous serez bien plus efficace une fois que ce sera fait.

6. Découpez, structurez, préparez vos scènes

Souvent ce qui vous empêche d’avancer ou ce qui vous pousse à vous disperser c’est que vous n’avez pas assez structuré votre projet dans le détail. Vous vous retrouvez avec une montagne immense à gravir et aucun équipement pour le faire (cas de la page blanche) ou au contraire vous partez en randonnée sans carte et sans itinéraire et vous changez de route à chaque embranchement (cas de la page noire). Dans les deux cas, revenez aux bases de votre histoire et découpez-la en unités les plus petites possibles, un peu comme si vous la scrutiez avec un microscope. Votre but est de l’observer au niveau moléculaire. Subdivisez votre livre en sections, puis en chapitre, puis en scènes et à l’intérieur des scènes en mouvements. Pareil pour un scénario, ne vous contentez pas de quelques actes, définissez à l’avance chacun des beats, ces unités de rythme qui font avancer votre histoire. Ils feront 1/4 de page, 1 page maximum. Tout à coup, la montagne deviendra une succession d’étapes à rejoindre en quelques heures. La randonnée suivra un sentier balisé qui vous empêchera de vous perdre.

7. Arrêtez de réflechir et Écrivez !

Cela peut sembler évident, formulé comme ça, mais le meilleur remède contre le blocage, c’est de vous lancer dans la rédaction de votre histoire. Quand vous n’arrivez pas à commencer, le simple fait de mettre un mot sur la page, puis un autre et un autre, permet souvent au blocage de s’envoler. La source du problème est souvent que vous réfléchissez trop, que vous voulez trop que tout soit parfait dès le début, chose qui n’arrivera pas. Alors vous êtes dans une analyse paralysante. Commencez par le plus simple : une description de votre protagoniste ou du décor, mais forcez-vous à commencer.
Si vraiment vous n’y arrivez pas, changez de support. Passez au papier si vous étiez sur votre ordinateur, essayez d’écrire sur une machine à écrire. Ou alors écrivez que vous êtes bloqué, que vous ne savez pas par où commencer. Quelque soit l’astuce que vous emploierez, l’important c’est de commencer.

Laissez des commentaires pour me dire si mes conseils vous ont aidés!

Le sujet du prochain post sera déterminé par les résultats du sondage. Alors votez.

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Une histoire c’est comme une rencontre

16 novembre 2007

D’abord on tâtonne, on s’effleure, on ne sait pas ce que l’autre a en réserve alors on reste sur ses gardes. On ne sait pas trop par quel angle aborder l’autre, tout est encore possible, on ne sait pas si l’on s’entendra, si l’histoire qu’on va vivre ensemble sera joyeuse et légère ou douloureuse, s’il faudra se battre en permanence pour que les choses aillent jusqu’à leur terme ou si tout glissera.
Et puis on se jette à l’eau, une première approche, qui révèle les grandes lignes de l’histoire et la relation à venir. Il arrive que l’on soit déçu: les choses ne se passent pas comme on les imaginait, ça ne part pas dans les bonnes directions, on sent que ça ne donnera rien de bon et on fait marche arrière. Mais la plupart du temps, on continue d’avancer.

Après les choses s’accélèrent, on a un départ enthousiasmant, le premier acte se déroule comme sur un petit nuage, les choses se mettent en place, c’est magique et ça fait du bien. On entre dans le 2e acte sur cette lancée et rapidement il faut se poser la question de l’engagement. Les premiers pas étaient amusants mais maintenant il faut rentrer dans le coeur du problème, une certaine routine commence déjà à s’installer, le quotidien s’invite dans l’hisotire avec les problèmes que cela pose. Le petit nuage du début se heurte à la réalité, on découvre des failles dans l’histoire, des personnages secondaires s’invitent dans le couple et commencent à s’installer de manière impertinente. C’est tout le bagage de l’autre, ses histoires passées qui s’invitent dans l’histoire présente. C’est toute la backstory qui s’étale.
Il y a pas mal de questionnements, doit-on continuer? Doit-on reprendre ses billes et aller jouer dans d’autres cours? On commence à souffrir et personne n’aime souffrir. Mais on sait, parce que ce n’est pas la première fois, qu’en dépassant cette souffrance, de belles choses vont arriver, on va devenir une meilleure personne, en tous cas l’histoire va devenir une meilleure histoire. Alors on continue. On travaille la matière, on fait des projets, on fait de petits gestes.
Et petit à petit on arrive à un point où il y a un geste à faire, qui va nous engager vraiment dans cette aventure. Passé ce point, on ne pourra plus faire marche arrière, on ne pourra plus abandonner l’histoire, il faudra aller jusqu’au bout parce qu’on aura trop mis de soi et qu’on voudra voir où cela va nous mener. Mais on n’est pas au bout de ses peines.

Il reste toute une moitié d’histoire à vivre.

Quand on a posé ce geste, qui peut être tout petit mais qu’on sait chargé de sens, parce qu’il fait suite à tout un passé commun, on est plein d’une énergie toute neuve, l’histoire repart sur un nouveau souffle, c’est une nouvelle pente douce sur laquelle on glisse sans difficulté.
Mais toutes les histoires sont vouées à se terminer. Une histoire sans fin, c’est là le véritable échec, n’importe quel auteur vous le dira. Reste à finir en beauté.
Personne ne veut d’une histoire qui se finit en queue de poisson, en brouillon, personne ne veut d’une fin retardée ou d’une fin précipitée. Il faut aller au bout de l’histoire et c’est dans ce dernier tiers qu’on apprend peut-être les plus belles choses, c’est là que l’on prend le temps d’un peu de recul pour digérer les enseignements, pour conscientiser le changement qui s’est fait en nous. Parce qu’une rencontre, comme une histoire, nous change, et ce qui précipite la fin c’est la prise de conscience de ce changement.
L’autre est parti dans une autre direction, elle/il a changé aussi et vos aspirations ne sont plus parallèles, elles ne sont même plus liées. Les mains se détachent, les doigts, lentement, se dénouent et s’éloignent. On profite des dernières sensations de bien-être, de cette dernière caresse, qui a le potentiel d’être la plus douce de toutes. On ne se raconte des histoires que pour en connaître l’aboutissement. Le regard du spectateur c’est celui qui demande: « et alors? ». On ne demande pas « et alors » pour quelque chose que l’on ne connaît pas. On veut savoir « Comment ça se finit? ». Tout le plaisir de l’histoire est contenu dans ses derniers instants.

C’est sa fin qui fait la qualité d’une histoire.

Il y a toujours cette hésitation avant de se séparer, une hésitation qui permet de faire un dernier point et de mieux repartir vers l’avenir, vers d’autres histoires, une fausse fin qui donne le temps d’une dernière inspiration, d’un dernier regard porté sur le passé, pour engranger le plus de souvenirs possibles, les bons de préférence. Les mauvais cinéastes font un montage, les bons laissent l’occasion au spectateur de revenir de lui-même sur le film.
Puis on ouvre, on termine en beauté, avec plein d’effets spectaculaires, des feux d’artifice, des explosions, des choses qui marquent le coup, qui bloquent toute possibilité de retour.

C’est Roméo qui boit la fiole de poison.

La résolution c’est le moment de récupérer les dernières affaires qui traînent, pour effacer toute trace de l’histoire commune. Libre à chacun de voler un objet-totem que l’autre ne reprendra pas, que l’on gardera comme un souvenir tangible dans lequel sera contenue toute l’histoire, des premiers pas à l’aboutissement.
On écrit trop peu de film sur l’aboutissement, sur les histoires qui se terminent. Des comédies-romantiques sur des fins de couples, voilà qui éviterait aux jeunes filles de rêver au Prince Charmant et de se laisser mourir par amour. C’est tellement dépassé.

« Don’t get it right, get it written »

7 novembre 2007

Quand on vient me voir en me demandant comment terminer un texte, ou que je suis avec un auteur qui n’arrive tout simplement pas à commencer à écrire, parce qu’il ne trouve pas la bonne approche, ou même quand il m’arrive d’oublier mes propres bons conseils, je conseille simplement de s’y mettre.
L’action de poser ses doigts sur un clavier, ou un stylo sur une page, et de sortir les mots uns par uns, de coucher les images sur le papier au fur et à mesure qu’elles viennent, en commençant par celle qui est là, maintenant tout de suite, cette action est un formidable déclencheur de l’écriture. Bien sûr vous n’écrirez pas un chef-d’oeuvre sur un premier jet mais il faut sortir ce brouillon et chaotique premier jet pour pouvoir écrire un chef-d’oeuvre.

Alors si vous êtes dans ce cas, fermez cette fenêtre, coupez la connection internet (elle ne va pas s’envoler, vous pourrez la rallumer quand vous aurez terminé) et commencez à écrire.

Dis, c’est quoi un scénariste?

7 novembre 2007

Si vous voulez expliquer votre métier à des enfants, Prima Linea propose un très attrayant livret sur son site.

Le syndrome du premier jet

19 octobre 2007

Tous les textes sont sujets au syndrome du premier jet.

Anne Lamott, dans Bird by Bird insiste fortement sur le fait que le premier jet est toujours merdique et qu’il faut se déculpabilisr de ne pas y arriver du premier coup. Personne ne peut sortir un texte abouti (publiable, vendable, lisible, ce que vous voulez) sur un premier jet, pour une raison bien précise c’est que le premier jet est celui où sortent pour la première fois les idées que vous aviez en tête.
L’écriture est un phénomène un peu magique qui fait que lorsque vous commencez à écrire, les scènes qui étaient claires et limpides dans votre tête perdent quelque chose mais gagnent autre chose. C’est sans doute l’effet du passage de la partie « imagination & visualisation » du cerveau à la partie « intellectualisation & alphabétisation » qui est responsable de ces transformations, mais très pragmatiquement, ça se traduit par: ce qui est sur le papier n’a plus rien à voir avec ce que j’avais en tête et ce n’est pas une SI mauvaise chose que ça.

L’autre phénomène c’est qu’à partir du moment où une chose est posée sur du papier, elle prend une valeur très différente, aux yeux de notre cerveau, elle existe. Avant, ce n’était qu’une masse de potentialités, tout pouvait encore lui arriver, ce n’était que du vent, des images dans votre tête, rien de tangible pour le cerveau qui analyse.
Mais dès l’instant où une phrase existe, c’est décorticage et compagnie. Les questions que vous vous posiez vaguement par rapport à votre idée (est-ce que c’est vraiment la bonne? comment vais-je la développer?) se précisent, font surgir de nouvelles questions qui, parce qu’elles reposent sur des éléments tangibles, vous permettent d’avancer dans votre développement de l’idée.

Le premier jet doit sortir le plus rapidement possible, histoire de libérer l’auteur et d’éviter au cerveau analytique de trop s’en mêler. Le premier jet c’est un moment de liberté totale, où toutes les sensations et les images qui vous traversent la tête doivent être mises sur papier, peu importe qu’elles correspondent à l’idée (forcément étriquée) que vous vous faisiez de votre histoire. Tout doit sortir et vite, d’un seul jet autant que possible, sans pause. Tous les jours bossez comme un(e) dingue pour sortir ce texte sans laisser la place une seule seconde à l’analyse. Comme dirait Viki King, c’est votre coeur qui écrit cette version, pas votre tête. Le premier jet vient du ventre.
Le premier jet, c’est cette version chaotique du texte où se bousculent incertitudes, bonnes et mauvaises surprises, thématique brouillonne, digressions en tout genre, tâtonnements stylistiques, bref toute une matière première brute qui n’est en aucun cas une histoire, qui n’est en aucun cas un texte que l’on peut montrer. Le premier jet est un matériau de départ à partir duquel l’auteur peut réellement travailler.

Demain: la réécriture.