Posts Tagged ‘Devenir écrivain’

Le syndrome du premier jet

19 octobre 2007

Tous les textes sont sujets au syndrome du premier jet.

Anne Lamott, dans Bird by Bird insiste fortement sur le fait que le premier jet est toujours merdique et qu’il faut se déculpabilisr de ne pas y arriver du premier coup. Personne ne peut sortir un texte abouti (publiable, vendable, lisible, ce que vous voulez) sur un premier jet, pour une raison bien précise c’est que le premier jet est celui où sortent pour la première fois les idées que vous aviez en tête.
L’écriture est un phénomène un peu magique qui fait que lorsque vous commencez à écrire, les scènes qui étaient claires et limpides dans votre tête perdent quelque chose mais gagnent autre chose. C’est sans doute l’effet du passage de la partie « imagination & visualisation » du cerveau à la partie « intellectualisation & alphabétisation » qui est responsable de ces transformations, mais très pragmatiquement, ça se traduit par: ce qui est sur le papier n’a plus rien à voir avec ce que j’avais en tête et ce n’est pas une SI mauvaise chose que ça.

L’autre phénomène c’est qu’à partir du moment où une chose est posée sur du papier, elle prend une valeur très différente, aux yeux de notre cerveau, elle existe. Avant, ce n’était qu’une masse de potentialités, tout pouvait encore lui arriver, ce n’était que du vent, des images dans votre tête, rien de tangible pour le cerveau qui analyse.
Mais dès l’instant où une phrase existe, c’est décorticage et compagnie. Les questions que vous vous posiez vaguement par rapport à votre idée (est-ce que c’est vraiment la bonne? comment vais-je la développer?) se précisent, font surgir de nouvelles questions qui, parce qu’elles reposent sur des éléments tangibles, vous permettent d’avancer dans votre développement de l’idée.

Le premier jet doit sortir le plus rapidement possible, histoire de libérer l’auteur et d’éviter au cerveau analytique de trop s’en mêler. Le premier jet c’est un moment de liberté totale, où toutes les sensations et les images qui vous traversent la tête doivent être mises sur papier, peu importe qu’elles correspondent à l’idée (forcément étriquée) que vous vous faisiez de votre histoire. Tout doit sortir et vite, d’un seul jet autant que possible, sans pause. Tous les jours bossez comme un(e) dingue pour sortir ce texte sans laisser la place une seule seconde à l’analyse. Comme dirait Viki King, c’est votre coeur qui écrit cette version, pas votre tête. Le premier jet vient du ventre.
Le premier jet, c’est cette version chaotique du texte où se bousculent incertitudes, bonnes et mauvaises surprises, thématique brouillonne, digressions en tout genre, tâtonnements stylistiques, bref toute une matière première brute qui n’est en aucun cas une histoire, qui n’est en aucun cas un texte que l’on peut montrer. Le premier jet est un matériau de départ à partir duquel l’auteur peut réellement travailler.

Demain: la réécriture.

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Synopsis – courts, longs et moyens

11 juillet 2007

Je rattrape mon retard comme je peux.
C’est un peu tard pour répondre à la question du postulant, mais c’est aussi bien, je n’aurais pas voulu te charger la tête de notions inutiles et de règles arbitraires.

Le synopsis est un exercice bâtard à mi-chemin entre écriture littéraire et écriture scénaristique. D’ailleurs, il ne faut pas le dire, mais je me sers d’un synopsis écrit au conservatoire comme trame d’un prochain roman.

La différence entre un synopsis court et un long, c’est … sa longueur, avec pour corollaire important le degré de détails. N’importe quelle histoire doit pouvoir se résumer à une phrase. Pour ceux qui, comme moi, ont besoin d’espace pour se sentir à l’aise, c’est plutôt un paragraphe ou une page. Et ce, quelle que soit l’histoire.
C’est très important de comprendre ça parce que nous avons besoin, dans ce métier, de savoir de quoi nous parlons. Et c’est souvent difficile pour un auteur, pris dans les méandres de son imaginaire, d’arriver au coeur de son histoire. C’est pourtant très instructif et très utile pour pouvoir bien raconter cette histoire.
Sauf pinaillage, ce résumé s’appellera un synopsis à partir du moment où il contient le début, le milieu et la fin de l’histoire:

Le synopsis raconte une histoire.

En général, d’après ce que j’ai pu voir et entendre, un synopsis de long-métrage que l’on destine à un producteur fait dans les 5 pages. Au-delà, on commence à parler de traitement mais pour moi, c’est de l’ordre de l’enc**** de mouches.

Les vraies différences à retenir sont entre le synopsis, le séquencier et la continuité dialoguée, qui correspondent vraiment à des catégories différentes.

Cette histoire de synopsis/traitement rejoint mon idée de la flemme du scénariste, qui aime avoir beaucoup d’argent pour le moins de travail possible. Les producteurs, eux, en veulent le plus possible pour leur argent, d’où la distinction. Mais l’objet est le même: Un résumé plus ou moins littéraire d’une histoire encore à écrire.

J’ai l’habitude de comparer le synopsis à une nouvelle, à plusieurs différences près, très importantes:
– le synopsis ne contient aucun dialogue ;
– le synopsis ne contient rien qui ne puisse être traduit visuellement (pas de « il pense que » ; « il se sent ceci ou cela » ; pas de voix intérieure) ;
– le synopsis respecte la structure du film et, souvent, préfigure son découpage narratif ;
– le synopsis évite les formules de style, il est rédigé au présent et à la troisième personne.

Ces règles, à part la dernière, permettent quelques exceptions. Il faut garder en tête que le synopsis doit donner une idée assez claire du film à venir, pas être une oeuvre en soi.

Plus le synopsis sera long, plus vous pourrez entrer dans les détails avec le risque qu’au moment de passer au séquencier, beaucoup des éléments que vous aviez imaginés et qui fonctionnaient bien dans l’objet semi-littéraire qu’est le synopsis, sautent parce qu’ils ne seront pas adaptés ou adaptables à l’objet scénaristique.

« It’s vital that research enhances the story, not detracts from it. » Jeffrey Deaver

11 juillet 2007

S’il est essentiel d’être bien documenté quand on veut raconter une histoire, c’est toujours le récit qui doit être priviligié.

Trop souvent, les recherches vont prendre le pas sur la dramaturgie, l’auteur va être tenté de mettre tout ce qu’il a appris ou découvert sur son sujet, sur ses personnages et leur univers. Mais dites-vous bien que le travail du scénariste, c’est comme un iceberg: la majorité est invisible.

Le scénariste travaille dans l’ombre, son travail est invisible, c’est comme un ninja. Il n’y a que le résultat qui doit être vu et ce résultat doit être aussi parfait que possible, peu importe le nombre d’heures que vous y passerez.

Ne soyez pas avares de recherches parce qu’elle enrichiront forcément votre travail.

Maintenant, qu’est-ce qu’une recherche efficace:

* C’est d’abord se questionner sur le sujet de son histoire, lister au maximum les thèmes qu’il est possible d’aborder avec ce sujet et cerner ceux qui vous intéressent.

* C’est ensuite s’interroger sur les personnages: qui sont-ils? que veulent-ils? quels sont leurs objectifs? leurs motivations? Pas la peine d’en faire des tartines, quelques lignes suffisent. Non aux backstories interminables et imbuvables sur les petits traumatismes de l’enfance de votre personnage. On s’en fout, vous aussi, vous cherchez juste à gagner du temps pour ne pas rentrer tout de suite dans votre histoire. Quelques lignes pour commencer et vous y reviendrez quand ça deviendra nécessaire parce que l’histoire vous y pousse.

* C’est en même temps vous documenter sur votre sujet, quel qu’il soit ! Même si vous parlez de la vie de votre quartier, renseignez-vous sur les gens, sur leurs habitudes. L’important ici n’est pas de collecter des informations que vous ressortirez telles quelles dans votre scénario mais bien de vous imprégner d’une atmosphère, de sentiments, de l’aspect humain de votre sujet.

* Travaillez vos décors comme des personnages, c’est un point trop souvent négligé. Demandez-vous ce qui rend vos décors uniques, quelle est leur histoire, s’ils ont des secrets, les émotions qu’ils génèrent. Vous devriez être capable de visualiser chaque ruelle de votre récit et de vous sentir comme si vous y étiez. C’est un élément crucial, jamais abordé dans les livres ou en formation, mais qui apportera un vrai plus à votre histoire. Pensez à l’importance des lieux de votre histoire personnelle et vous verrez ce que je veux dire.

* Si vous travaillez sur un univers imaginaire, c’est à vous de créer votre propre documentation et comme vous êtes le seul à connaître ce monde, vous devez fournir un travail encore plus précis.

Maintenant que vous connaissez toutes les étapes du travail de recherche, oubliez-les. N’allez pas écrire des rapports de 30 pages sur votre sujet, vos personnages, vos décors. Concentrez-vous sur l’histoire et revenez à la documentation quand vous bloquez sur un point précis. La documentation doit toujours rester secondaire. Il y a tellement de choses passionnantes dans ce monde qu’il est facile de se laisser porter par les sujets que l’on aborde, de se laisser fasciner par la doc et de vouloir tout ingurgiter avant de commencer à écrire.

C’est une grande erreur. C’est très bien pour votre enrichissement personnel mais c’est ce qu’il y a de pire pour votre histoire. Votre histoire doit se concentrer sur les personnages, les objectifs, les obstacles, le conflit. Pas sur le background.