Posts Tagged ‘Écrire un scénario’

L’importance de faire des choix

13 mai 2008

Encore une manière détournée de parler du thème et du point de vue. A force de bloquer sur des idées de récits, je me rends compte de l’importance de savoir de quoi l’on veut parler avant de se lancer dans l’écriture. Ca fait gagner un temps de fou de se poser cette simple question: que dit mon histoire?

C’est de la rencontre entre ce qu’elle raconte et ce qu’elle dit que naît l’histoire. On sait qui sera le personnage, on a une idée de départ, mais on peut aller n’importe où n’importe comment et se perdre dans les méandres qui poussent les 3/4 des histoires à n’être jamais terminées tant que l’on ignore ce que l’on veut dire.

Dire ici, c’est tenir un discours sur le monde, j’en ai déjà parlé, je n’y reviens pas. On peut terminer des histoires sans savoir de quoi elles parlent mais quand on bloque, chercher leur sens peut aider à avancer. Je pense toujours avec une grande affection aux dernières répliques des épisodes de South Park: « You know, I’ve learned something today » qui ne font rien d’autre que reproduire le schéma fabuleux de La Fontaine et sa moralité.

Entraînez-vous à avoir des idées tranchées sur le monde, ça vous aidera à écrire de la fiction.

(Et se limiter à quelques minutes par post synthétise les idées à mort!)

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Une histoire c’est comme une rencontre

16 novembre 2007

D’abord on tâtonne, on s’effleure, on ne sait pas ce que l’autre a en réserve alors on reste sur ses gardes. On ne sait pas trop par quel angle aborder l’autre, tout est encore possible, on ne sait pas si l’on s’entendra, si l’histoire qu’on va vivre ensemble sera joyeuse et légère ou douloureuse, s’il faudra se battre en permanence pour que les choses aillent jusqu’à leur terme ou si tout glissera.
Et puis on se jette à l’eau, une première approche, qui révèle les grandes lignes de l’histoire et la relation à venir. Il arrive que l’on soit déçu: les choses ne se passent pas comme on les imaginait, ça ne part pas dans les bonnes directions, on sent que ça ne donnera rien de bon et on fait marche arrière. Mais la plupart du temps, on continue d’avancer.

Après les choses s’accélèrent, on a un départ enthousiasmant, le premier acte se déroule comme sur un petit nuage, les choses se mettent en place, c’est magique et ça fait du bien. On entre dans le 2e acte sur cette lancée et rapidement il faut se poser la question de l’engagement. Les premiers pas étaient amusants mais maintenant il faut rentrer dans le coeur du problème, une certaine routine commence déjà à s’installer, le quotidien s’invite dans l’hisotire avec les problèmes que cela pose. Le petit nuage du début se heurte à la réalité, on découvre des failles dans l’histoire, des personnages secondaires s’invitent dans le couple et commencent à s’installer de manière impertinente. C’est tout le bagage de l’autre, ses histoires passées qui s’invitent dans l’histoire présente. C’est toute la backstory qui s’étale.
Il y a pas mal de questionnements, doit-on continuer? Doit-on reprendre ses billes et aller jouer dans d’autres cours? On commence à souffrir et personne n’aime souffrir. Mais on sait, parce que ce n’est pas la première fois, qu’en dépassant cette souffrance, de belles choses vont arriver, on va devenir une meilleure personne, en tous cas l’histoire va devenir une meilleure histoire. Alors on continue. On travaille la matière, on fait des projets, on fait de petits gestes.
Et petit à petit on arrive à un point où il y a un geste à faire, qui va nous engager vraiment dans cette aventure. Passé ce point, on ne pourra plus faire marche arrière, on ne pourra plus abandonner l’histoire, il faudra aller jusqu’au bout parce qu’on aura trop mis de soi et qu’on voudra voir où cela va nous mener. Mais on n’est pas au bout de ses peines.

Il reste toute une moitié d’histoire à vivre.

Quand on a posé ce geste, qui peut être tout petit mais qu’on sait chargé de sens, parce qu’il fait suite à tout un passé commun, on est plein d’une énergie toute neuve, l’histoire repart sur un nouveau souffle, c’est une nouvelle pente douce sur laquelle on glisse sans difficulté.
Mais toutes les histoires sont vouées à se terminer. Une histoire sans fin, c’est là le véritable échec, n’importe quel auteur vous le dira. Reste à finir en beauté.
Personne ne veut d’une histoire qui se finit en queue de poisson, en brouillon, personne ne veut d’une fin retardée ou d’une fin précipitée. Il faut aller au bout de l’histoire et c’est dans ce dernier tiers qu’on apprend peut-être les plus belles choses, c’est là que l’on prend le temps d’un peu de recul pour digérer les enseignements, pour conscientiser le changement qui s’est fait en nous. Parce qu’une rencontre, comme une histoire, nous change, et ce qui précipite la fin c’est la prise de conscience de ce changement.
L’autre est parti dans une autre direction, elle/il a changé aussi et vos aspirations ne sont plus parallèles, elles ne sont même plus liées. Les mains se détachent, les doigts, lentement, se dénouent et s’éloignent. On profite des dernières sensations de bien-être, de cette dernière caresse, qui a le potentiel d’être la plus douce de toutes. On ne se raconte des histoires que pour en connaître l’aboutissement. Le regard du spectateur c’est celui qui demande: « et alors? ». On ne demande pas « et alors » pour quelque chose que l’on ne connaît pas. On veut savoir « Comment ça se finit? ». Tout le plaisir de l’histoire est contenu dans ses derniers instants.

C’est sa fin qui fait la qualité d’une histoire.

Il y a toujours cette hésitation avant de se séparer, une hésitation qui permet de faire un dernier point et de mieux repartir vers l’avenir, vers d’autres histoires, une fausse fin qui donne le temps d’une dernière inspiration, d’un dernier regard porté sur le passé, pour engranger le plus de souvenirs possibles, les bons de préférence. Les mauvais cinéastes font un montage, les bons laissent l’occasion au spectateur de revenir de lui-même sur le film.
Puis on ouvre, on termine en beauté, avec plein d’effets spectaculaires, des feux d’artifice, des explosions, des choses qui marquent le coup, qui bloquent toute possibilité de retour.

C’est Roméo qui boit la fiole de poison.

La résolution c’est le moment de récupérer les dernières affaires qui traînent, pour effacer toute trace de l’histoire commune. Libre à chacun de voler un objet-totem que l’autre ne reprendra pas, que l’on gardera comme un souvenir tangible dans lequel sera contenue toute l’histoire, des premiers pas à l’aboutissement.
On écrit trop peu de film sur l’aboutissement, sur les histoires qui se terminent. Des comédies-romantiques sur des fins de couples, voilà qui éviterait aux jeunes filles de rêver au Prince Charmant et de se laisser mourir par amour. C’est tellement dépassé.

« Don’t get it right, get it written »

7 novembre 2007

Quand on vient me voir en me demandant comment terminer un texte, ou que je suis avec un auteur qui n’arrive tout simplement pas à commencer à écrire, parce qu’il ne trouve pas la bonne approche, ou même quand il m’arrive d’oublier mes propres bons conseils, je conseille simplement de s’y mettre.
L’action de poser ses doigts sur un clavier, ou un stylo sur une page, et de sortir les mots uns par uns, de coucher les images sur le papier au fur et à mesure qu’elles viennent, en commençant par celle qui est là, maintenant tout de suite, cette action est un formidable déclencheur de l’écriture. Bien sûr vous n’écrirez pas un chef-d’oeuvre sur un premier jet mais il faut sortir ce brouillon et chaotique premier jet pour pouvoir écrire un chef-d’oeuvre.

Alors si vous êtes dans ce cas, fermez cette fenêtre, coupez la connection internet (elle ne va pas s’envoler, vous pourrez la rallumer quand vous aurez terminé) et commencez à écrire.

Dis, c’est quoi un scénariste?

7 novembre 2007

Si vous voulez expliquer votre métier à des enfants, Prima Linea propose un très attrayant livret sur son site.

Le syndrome du premier jet

19 octobre 2007

Tous les textes sont sujets au syndrome du premier jet.

Anne Lamott, dans Bird by Bird insiste fortement sur le fait que le premier jet est toujours merdique et qu’il faut se déculpabilisr de ne pas y arriver du premier coup. Personne ne peut sortir un texte abouti (publiable, vendable, lisible, ce que vous voulez) sur un premier jet, pour une raison bien précise c’est que le premier jet est celui où sortent pour la première fois les idées que vous aviez en tête.
L’écriture est un phénomène un peu magique qui fait que lorsque vous commencez à écrire, les scènes qui étaient claires et limpides dans votre tête perdent quelque chose mais gagnent autre chose. C’est sans doute l’effet du passage de la partie « imagination & visualisation » du cerveau à la partie « intellectualisation & alphabétisation » qui est responsable de ces transformations, mais très pragmatiquement, ça se traduit par: ce qui est sur le papier n’a plus rien à voir avec ce que j’avais en tête et ce n’est pas une SI mauvaise chose que ça.

L’autre phénomène c’est qu’à partir du moment où une chose est posée sur du papier, elle prend une valeur très différente, aux yeux de notre cerveau, elle existe. Avant, ce n’était qu’une masse de potentialités, tout pouvait encore lui arriver, ce n’était que du vent, des images dans votre tête, rien de tangible pour le cerveau qui analyse.
Mais dès l’instant où une phrase existe, c’est décorticage et compagnie. Les questions que vous vous posiez vaguement par rapport à votre idée (est-ce que c’est vraiment la bonne? comment vais-je la développer?) se précisent, font surgir de nouvelles questions qui, parce qu’elles reposent sur des éléments tangibles, vous permettent d’avancer dans votre développement de l’idée.

Le premier jet doit sortir le plus rapidement possible, histoire de libérer l’auteur et d’éviter au cerveau analytique de trop s’en mêler. Le premier jet c’est un moment de liberté totale, où toutes les sensations et les images qui vous traversent la tête doivent être mises sur papier, peu importe qu’elles correspondent à l’idée (forcément étriquée) que vous vous faisiez de votre histoire. Tout doit sortir et vite, d’un seul jet autant que possible, sans pause. Tous les jours bossez comme un(e) dingue pour sortir ce texte sans laisser la place une seule seconde à l’analyse. Comme dirait Viki King, c’est votre coeur qui écrit cette version, pas votre tête. Le premier jet vient du ventre.
Le premier jet, c’est cette version chaotique du texte où se bousculent incertitudes, bonnes et mauvaises surprises, thématique brouillonne, digressions en tout genre, tâtonnements stylistiques, bref toute une matière première brute qui n’est en aucun cas une histoire, qui n’est en aucun cas un texte que l’on peut montrer. Le premier jet est un matériau de départ à partir duquel l’auteur peut réellement travailler.

Demain: la réécriture.

Synopsis – courts, longs et moyens

11 juillet 2007

Je rattrape mon retard comme je peux.
C’est un peu tard pour répondre à la question du postulant, mais c’est aussi bien, je n’aurais pas voulu te charger la tête de notions inutiles et de règles arbitraires.

Le synopsis est un exercice bâtard à mi-chemin entre écriture littéraire et écriture scénaristique. D’ailleurs, il ne faut pas le dire, mais je me sers d’un synopsis écrit au conservatoire comme trame d’un prochain roman.

La différence entre un synopsis court et un long, c’est … sa longueur, avec pour corollaire important le degré de détails. N’importe quelle histoire doit pouvoir se résumer à une phrase. Pour ceux qui, comme moi, ont besoin d’espace pour se sentir à l’aise, c’est plutôt un paragraphe ou une page. Et ce, quelle que soit l’histoire.
C’est très important de comprendre ça parce que nous avons besoin, dans ce métier, de savoir de quoi nous parlons. Et c’est souvent difficile pour un auteur, pris dans les méandres de son imaginaire, d’arriver au coeur de son histoire. C’est pourtant très instructif et très utile pour pouvoir bien raconter cette histoire.
Sauf pinaillage, ce résumé s’appellera un synopsis à partir du moment où il contient le début, le milieu et la fin de l’histoire:

Le synopsis raconte une histoire.

En général, d’après ce que j’ai pu voir et entendre, un synopsis de long-métrage que l’on destine à un producteur fait dans les 5 pages. Au-delà, on commence à parler de traitement mais pour moi, c’est de l’ordre de l’enc**** de mouches.

Les vraies différences à retenir sont entre le synopsis, le séquencier et la continuité dialoguée, qui correspondent vraiment à des catégories différentes.

Cette histoire de synopsis/traitement rejoint mon idée de la flemme du scénariste, qui aime avoir beaucoup d’argent pour le moins de travail possible. Les producteurs, eux, en veulent le plus possible pour leur argent, d’où la distinction. Mais l’objet est le même: Un résumé plus ou moins littéraire d’une histoire encore à écrire.

J’ai l’habitude de comparer le synopsis à une nouvelle, à plusieurs différences près, très importantes:
– le synopsis ne contient aucun dialogue ;
– le synopsis ne contient rien qui ne puisse être traduit visuellement (pas de « il pense que » ; « il se sent ceci ou cela » ; pas de voix intérieure) ;
– le synopsis respecte la structure du film et, souvent, préfigure son découpage narratif ;
– le synopsis évite les formules de style, il est rédigé au présent et à la troisième personne.

Ces règles, à part la dernière, permettent quelques exceptions. Il faut garder en tête que le synopsis doit donner une idée assez claire du film à venir, pas être une oeuvre en soi.

Plus le synopsis sera long, plus vous pourrez entrer dans les détails avec le risque qu’au moment de passer au séquencier, beaucoup des éléments que vous aviez imaginés et qui fonctionnaient bien dans l’objet semi-littéraire qu’est le synopsis, sautent parce qu’ils ne seront pas adaptés ou adaptables à l’objet scénaristique.

« It’s vital that research enhances the story, not detracts from it. » Jeffrey Deaver

11 juillet 2007

S’il est essentiel d’être bien documenté quand on veut raconter une histoire, c’est toujours le récit qui doit être priviligié.

Trop souvent, les recherches vont prendre le pas sur la dramaturgie, l’auteur va être tenté de mettre tout ce qu’il a appris ou découvert sur son sujet, sur ses personnages et leur univers. Mais dites-vous bien que le travail du scénariste, c’est comme un iceberg: la majorité est invisible.

Le scénariste travaille dans l’ombre, son travail est invisible, c’est comme un ninja. Il n’y a que le résultat qui doit être vu et ce résultat doit être aussi parfait que possible, peu importe le nombre d’heures que vous y passerez.

Ne soyez pas avares de recherches parce qu’elle enrichiront forcément votre travail.

Maintenant, qu’est-ce qu’une recherche efficace:

* C’est d’abord se questionner sur le sujet de son histoire, lister au maximum les thèmes qu’il est possible d’aborder avec ce sujet et cerner ceux qui vous intéressent.

* C’est ensuite s’interroger sur les personnages: qui sont-ils? que veulent-ils? quels sont leurs objectifs? leurs motivations? Pas la peine d’en faire des tartines, quelques lignes suffisent. Non aux backstories interminables et imbuvables sur les petits traumatismes de l’enfance de votre personnage. On s’en fout, vous aussi, vous cherchez juste à gagner du temps pour ne pas rentrer tout de suite dans votre histoire. Quelques lignes pour commencer et vous y reviendrez quand ça deviendra nécessaire parce que l’histoire vous y pousse.

* C’est en même temps vous documenter sur votre sujet, quel qu’il soit ! Même si vous parlez de la vie de votre quartier, renseignez-vous sur les gens, sur leurs habitudes. L’important ici n’est pas de collecter des informations que vous ressortirez telles quelles dans votre scénario mais bien de vous imprégner d’une atmosphère, de sentiments, de l’aspect humain de votre sujet.

* Travaillez vos décors comme des personnages, c’est un point trop souvent négligé. Demandez-vous ce qui rend vos décors uniques, quelle est leur histoire, s’ils ont des secrets, les émotions qu’ils génèrent. Vous devriez être capable de visualiser chaque ruelle de votre récit et de vous sentir comme si vous y étiez. C’est un élément crucial, jamais abordé dans les livres ou en formation, mais qui apportera un vrai plus à votre histoire. Pensez à l’importance des lieux de votre histoire personnelle et vous verrez ce que je veux dire.

* Si vous travaillez sur un univers imaginaire, c’est à vous de créer votre propre documentation et comme vous êtes le seul à connaître ce monde, vous devez fournir un travail encore plus précis.

Maintenant que vous connaissez toutes les étapes du travail de recherche, oubliez-les. N’allez pas écrire des rapports de 30 pages sur votre sujet, vos personnages, vos décors. Concentrez-vous sur l’histoire et revenez à la documentation quand vous bloquez sur un point précis. La documentation doit toujours rester secondaire. Il y a tellement de choses passionnantes dans ce monde qu’il est facile de se laisser porter par les sujets que l’on aborde, de se laisser fasciner par la doc et de vouloir tout ingurgiter avant de commencer à écrire.

C’est une grande erreur. C’est très bien pour votre enrichissement personnel mais c’est ce qu’il y a de pire pour votre histoire. Votre histoire doit se concentrer sur les personnages, les objectifs, les obstacles, le conflit. Pas sur le background.