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La nature de la fiction

14 mai 2008

Qu’est-ce que la fiction ?

Je pose cette question d’allure anodine parce qu’en général, quand je dis ce que j’en pense, je rencontre des regards réprobateurs et des opinions contraires.

A quoi bon raconter ce que l’on vit chaque jour ?

Je pose cette question parce qu’une certaine fiction contemporaine m’apparaît souvent comme une succession de lieux communs nombrilistes tirés de l’expérience du monde bourgeoise d’une certaine classe moyenne qui fait des films et se regarde les faire ou se regarde raconter sa vie. Comme tous les gens de ma promo du bac, j’ai bien suivi les cours sur l’onanisme  l’autobiographie et bouffé des Confessions rousseauistes jusqu’à l’écoeurement et, rejet ou simple incompatibilité de caractère, j’exècre tout ce qui touche à l’auto-fiction. Et je ratisse large.

Pour moi, n’est pas fiction ce qui rentre dans la définition: moi, ma famille, mon milieu. Ce n’est pas digne d’intérêt, ça ne questionne pas mon monde, ça ne lui apporte rien, ça ne s’évade pas, ça se contente de grouiller dans sa flaque d’eau comme une portée de têtards faméliques et malchanceux.

Pour moi est peu digne de cinéma ce qui ne joue pas avec les codes et les conventions visuelles ou ce qui relève de la réalité quotidienne (les plans fixes sur une banquette de brasserie, les plans dans des bagnoles qui respectent les limites de vitesse, les scènes de restau, les repas de famille…). Si je veux de l’ennui, j’en ai à foison en descendant dans ma rue. Si je vais au cinéma, si je mets 10 euros dans une location de fauteuil, que je me tape la queue, les gens bruyants, les Coca à 3 euros, c’est pour en prendre plein la vue, pour que ma conception du monde soit bouleversée, pour que mon baromètre émotionnel s’affole.

Pas pour des petits sourires, des yeux qui restent secs, des bâillements ou des images convenues.

Toute histoire qui n’est pas suffisamment couillue au plan visuelle devrait être une pièce de littérature, toute histoire surchargée de dialogue devrait être une pièce de théâtre, toute histoire nombriliste devrait être une vie, pas une pièce de fiction.

A mon sens, la fiction est là pour bousculer l’ordre établi et/ou faire rêver et/ou être spectaculaire. Au sein de la fiction, il existe différents médias et chacun de ces médias a des caractéristiques qui doivent être exploitées: le style et la forme du texte en littérature, le dialogue et la mise-en-scène au théâtre, l’image et le son en audiovisuel.

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