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La micro-niche

4 août 2008

TimK, un romancier américain autopublié explique pourquoi il veut ne jamais être publié dans un assez long post de son blog.

Son exposé, assez intéressant, avance, études à l’appui, que le désir d’être publié vient du mécanisme psychologique qui nous pousse à être plus satisfait d’un travail ou à avoir plus confiance dans un groupe/une école s’il nous a fallu plus d’efforts pour l’accomplir/y entrer. La valeur serait proportionnelle à l’effort. Un raisonnement qui ne nous est pas étranger, à nous qui soumettons nos personnages aux pires adversités pour leur permettre de changer et de s’améliorer. Quelle meilleure métaphore du mécanisme en question que d’avancer l’idée que pour vraiment apprendre quelque chose, il faut en avoir chié un max ?

Partant de là, TimK ajoute qu’il se moque complètement de « faire partie du club », mais que cela ne l’empêche pas de chercher un modèle économique viable pour son écriture. D’où une étude du concept de micro-niche. Ou de marketing ciblé.
Le circuit classique repose sur d’énormes structures qui doivent vendre d’énormes volumes sur un marché ultraconcurrentiel où les livres passent rarement plus d’une semaine sur les étals des libraires. Ce système n’est viable pour personne, auteur ou éditeur, et n’est qu’une fuite en avant qui pousse les éditeurs à produire toujours plus, à ne plus penser en terme de qualité mais de rentabilité. Pour TimK, ce n’est pas un système intéressant et il préfère vendre à 400 lecteurs intéressés par le type précis de fiction qu’il écrit (d’où le concept de micro-niche) et fidèles (et fidélisés par un suivi comm., des goodies, un service personnalisé) tout en récupérant la totalité des marges qu’il génère sur chacun de ses livres.

La démarche n’est pas idiote et s’inscrit dans la logique actuelle de communautarisme (des communautés se créent autour des auteurs), d’individualisation de la culture, même de masse (qui a dit vod?), et de la recherche de services toujours plus nombreux, plus personnalisés, le consommateur ne veut plus n’être qu’une ligne dans le listing de son fournisseur, il veut inscrire sa consommation dans une relation qui ne soit pas impersonnelle.
En contrepartie, l’auteur devient sont propre éditeur, il doit développer des compétences de vendeur et d’entrepreneur, il doit consacrer une partie de son temps à fidéliser son public, parce que dans une logique de micro-niche, un lecteur qui n’achète pas votre dernier titre, c’est une proportion non-négligeable de vos revenus qui se fait la malle avec lui.

En attendant, plutôt que de jouer à la loterie sur le marché traditionnel, la micro-niche qui consiste à cibler son public à une échelle microscopique n’est pas une alternative dénuée de sens, d’autant plus à une époque où le public prend l’habitude de pouvoir choisir sa propre culture (merci Internet), de suivre le quotidien des artistes (blogs, sites officiels, sites de fans…).
Et si la réflexion vaut pour l’écrit, n’a-t-elle pas aussi sa pertinence dans l’audiovisuel?

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